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SARET’BEF / CHARRETTE BOEUF

2–4 minutes

Aujourd’hui à l’Ile de La Réunion, on recense un dernier charretier : Sandy Faconnier et une association : Moka Tradision. Mais qu’est-ce que c’était exactement, que le concept des charrettes bœufs dans La Réunion lontan ?

Photo d'archives en noir et blanc représentant un Boeuf au bord de mer

La Réunion : boeuf broutant en bord de mer Photo : Jean LEGROS

Une race à l’image réunionnaise

Nos premiers ruminants, venaient tout droit de Madagascar. Au 17e siècle, génisses et taureaux furent déportés jusqu’ici par l’intervention de trois acteurs : Étienne de Flacourt (gouverneur de Fort-Dauphin à Madagascar), Jacob de Lahaye (officier de la marine royale française) et le Capitaine Houssaye. Tout ce bétail, fut lâché dans la nature sauvage de l’île, causant une reproduction très rapide de cette espèce.

Tous ces animaux, étaient chassés par des meutes de chiens, et des chasseurs : ils représentaient alors la seule ressource de viande pour les habitants. Certains autres tentaient de les domestiquer pour le portage tandis que d’autres encore, les apprivoisaient pour satisfaire leurs besoins alimentaires (beurre et lait).

Pourquoi, le bœuf Moka est à l’image de La Réunion ?

C’est une race dite « mixte » : qui est le résultat d’un métissage entre différentes espèces de bovins allant de l’Asie à Madagascar. Le métissage à La Réunion fait partie de notre emblème départementale, ce qui fait du bœuf Moka, un élément important de notre patrimoine.

Photo d'archives représentant un transport constitué d'un homme sur sa charette tirée par un boeuf Moka

Réunion – Un transport Archives départementales de La Réunion

C’était comme s’il pouvait représenter ce qu’était un Réunionnais :

– Un vrai travailleur : trait, portage, production, transport

– Unique en son genre mais avec des caractéristiques plurielles : couleurs de robe allant de l’uniforme aux tâches ; profil de zèbre avec une bosse plus ou moins marquée

– Force de caractère : le bœuf Moka était une race de montagne, capable de vivre dans des conditions climatiques aléatoires, et des terrains d’exploitations compliqués (pentes, nourriture limitée)

Un attelage de la charette boeuf réunionnaise, image en noir et blanc

Attelage de la charrette classique réunionnaise Archives Départementales de La Réunion

Utilité agricole mais pas que

Au temps « lontan », les charettes bœufs (saret’ bef) étaient le seul moyen de transporter les cannes à sucre des plantations jusqu’à l’usine. La culture de la canne à sucre à La Réunion a toujours été réputée : c’était même l’activité agricole traditionnelle.

Mais, même si les bœufs étaient parfaitement efficaces dans leur travail agricole, ils étaient aussi utilisés à d’autres fins :

– Récupérer les marchandises du train à la gare

– Récupérer des marchandises/provisions jusqu’aux villages

– Transporter les coraux en bordure de plage jusqu’aux four à chaux

– Ravitaillement dans les sentiers des cirques étant difficiles d’accès pour les transports à moteurs

– « Bœuf tirelire » vendu par besoin financier

Vous allez dire, « oui, mais pourquoi autant d’affection pour cet animal ? ».

C’est simple, dans le « temps lontan » : la vie était dure, la misère était partout, et encore plus présente pour les gens du peuple. Le simple fait de posséder un bœuf Moka et une charrette pouvait indiquer un statut social.

Depuis le début de la colonisation de La Réunion jusqu’aux années 70, les bœufs Moka ont été une source d’indépendance (pour les familles modestes) et de richesse (pour les paysans).

Ce qui a constitué et qui continue de le faire aujourd’hui un souvenir collectif pour bons nombres de Réunionnais. Le bœuf Moka, aujourd’hui quasiment disparu, restent pour beaucoup de « gramounes » un souvenir tendre de la vie réunionnaise au temps lontan.

Sources

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