Le 8 mars dernier, le Sénat de l’État de Floride (USA) a voté en faveur du projet de loi nommé par ses opposants « Don’t Say Gay ». Jusqu’au 29 mars, on attendait la décision finale du gouverneur de Floride : Ron DeSantis. Certains espéraient qu’il se positionne contre cette loi, d’autres furent satisfaits de sa signature : parce que oui, la loi a été adoptée.

Il y a eu toute une polémique autour de la Floride, de Disney, de Don’t Say Gay, des We Say Gay… Mais comme c’est une affaire qui semble moins toucher les médias Français et le grand public (hors associations LGBTQIA+), vous n’avez probablement pas eu vent de toute l’histoire. Ou bien comme certaines personnes vous n’en avez entendu que quelques bouts.
Un cauchemar
L’affaire se passe en Floride, aux États-Unis. En février 2022, Joe Harding, qui en est l’initiateur propose une loi qui incite les institutions scolaires à ne pas « encourager une conversation dans une classe à propos de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre au niveau primaire ou d’une manière qui n’est pas adaptée à l’âge ou au développement des élèves ». Évidemment, cette proposition de loi, faite par le parti républicain (donc conservateur) de l’État de Floride a fait jaillir les indignations sur la plupart des fronts.
Durant le même mois, la Chambre des Députés vote en faveur de la loi « Parents Rights in Education » (nom officiel) : 69 voix pour versus 47 voix contre. Ce qui donne un premier coup de massue pour toutes les personnes qui se positionnaient déjà contre cet amendement.
Les semaines passent, le débat public aux États-Unis et au sein des associations LGBTQIA+ se poursuit. Le 8 mars, le Sénat qui est également majoritairement républicain conservateur, vote en faveur de la loi Don’t Say Gay.
Le mois de mars fut un mois remplit de suspens qui s’est soldé par une réelle déception pour les pro-LGBT+ et une victoire pour les personnes pro-loi Don’t Say Gay. Le 29 mars le gouverneur de Floride : Ron Desantis signe la proposition de loi, confirmant ainsi toutes les pensées autour de la polémique.

Le gouverneur Ron DeSantis signant le projet de loi Don’t Say Gay (29/03/22)
Pourquoi proposer une telle loi ?
Selon les républicains, ce sont aux parents de gérer ce genre de problématique avec leurs enfants. L’école n’aurait alors rien avoir avec les questions d’identités de genre ou d’orientation sexuelle. La Floride étant un État majoritairement conservateur, les parents d’élèves, qu’ils soient lgbtophobes ou non devraient prendre (selon leur argument) l’initiative d’en parler à leurs enfants.
Un cas à part ?
La Floride n’est pas la seule à exprimer publiquement son désir de réapprentissage et de rééducation dans les relations parents/enfants/états/école. Aux États-Unis, le Tennessee, l’Indiana et le Kansas ont déjà proposé des lois similaires.
« À travers le pays, des leaders républicains cherchent à réguler ce que les enfants peuvent lire, ce qu’ils peuvent apprendre, et, plus inquiétant, ce qu’ils peuvent être » Porte-parole de l’administration Biden (08/03/22)

Stickers anti-LGBT+ en Pologne
Mais à l’étranger également : Russie ; Hongrie ; Pologne. Eux tous gardent une vision négative, discriminante et fermée de la communauté LGBTQIA+ au sein de leur pays. Condamnant ainsi les membres concernés de leur population à vivre dans le rejet, la peur, l’angoisse, la douleur.
En Pologne, depuis que le gouvernement s’attaquent à cette communauté, les sondages montrent qu’en 2021, 55% des personnes LGBTQI+ ont eu des pensées suicidaires.
En 2017 le nombre était de 45%.
En 2012 il était de 38%.
Nous sommes actuellement en avril de l’année 2022, quels chiffres nous donneraient les sondages ?
https://tetu.com/2022/01/12/union-europenne-pologne-parlement-examine-loi-ecole-reve-eric-zemmour/ : « Comme dans un rêve de Zemmour, la Pologne vote une mise au pas de l’école » (12/01/22)
Les conséquences
Une telle loi, a pour effet de multiplier ses conséquences.
« (cela) Stigmatiserait davantage la communauté LGBTQI+, freinerait les efforts visant à créer un environnement scolaire inclusif et isolerait les enfants LGBTQI+ qui courent déjà un risque incroyablement plus élevé de dépression, d’anxiété, et d’idées suicidaires que les autres » Equality Florida, » ‘Don’t Say Gay’ : une dystopie glaçante dénonce les lois LGBTophobes » (tetu.com)
– Les parents peuvent lancer une action en justice contre l’école s’ils stipulent que la loi n’a pas été respectée ; ce qui leur donne un réel pouvoir de domination et de contrôle contre le personnel éducatif.
– Les sujets LGBTQIA+ sont interdits dans les programmes scolaires : toute mention ou exemple est donc prohibée.
– Les professeurs ne sont pas « interdits » d’en parler mais sont fortement déconseillés à le faire.
– Les élèves n’ont plus d’autres solutions pour en parler : si l’élève sait qu’il ne peut pas en parler chez lui, sous prétexte de se faire juger, rejeter, violenter, et que l’école restait auparavant le seul endroit où il pouvait s’exprimer, mais que dorénavant ce n’est plus le cas. Où est-ce que les élèves LGBTQIA+ iront ? Et à qui en parleront-ils ?
« Je m’inquiète que les jeunes en mal-être ne puissent pas s’ouvrir auprès de leurs professeurs » Eurodéputé Marc Angel (coprésident de l’intergroupe LGBTQI au Parlement Européen)
– Les discriminations envers les enfants LGBTQIA+ sont renforcées et préservées
– Un vrai doute sur ce qu’on peut ou ne peut pas faire, peut ou ne peut pas dire au sujet des questions de genre et d’orientation sexuelle
– Pression sociale, juridique et institutionnelle sur les professeurs, élèves, directeurs
– La loi reste vague sur le niveau d’étude pour lequel on aurait le droit de parler de ces problématiques : la loi commencerait à partir de la maternelle jusqu’au CE2, pourtant la mention « ou d’une manière qui n’est pas adaptée à l’âge ou au développement des élèves » pourrait étendre l’interdiction aux classes supérieures
– Si dans le programme scolaire ces sujets sont interdits, qu’est-ce qui empêcherait les mêmes personnes qui ont lancé cette loi de l’étendre jusqu’à l’interdiction de livres traitant ces sujets, d’affiches pro-LGBTQIA+, d’intervenants LGBTQIA+, d’activités et de sorties scolaires en liens avec, de mention d’auteurs et de textes LGBTQIA+ etc. ?
https://tetu.com/2022/02/18/homophobie-etats-unis-video-clip-contre-projet-loi-floride-dont-say-gay-ecole-lgbt/: « Don’t Say Gay » : une dystopie glaçante dénonce les lois LGBTphobes visant l’école (tetu.com)

Caricature : Andy Marlette Source : Pensacola News Journal
Pour revenir à la loi en elle-même. Certains diront que cela se passe aux États-Unis, que c’est assez éloigné de ce qu’on pourrait penser en France, au sein même du gouvernement. Pour simple réponse à cette pensée, nous vous laisserons sur cette citation du gouverneur de Floride le jour-même de la signature de la loi Don’t Say Gay :
« À l’école, on doit apprendre aux enfants à lire, à écrire, les sciences, l’Histoire. Nous avons aussi besoin d’une éducation civique, qui permet de comprendre la constitution des États-Unis»
Pour ceux et celles qui suivent la politique française… ce discours ne vous rappelle-t-il rien ?
