Dans le cadre d’un de nos cours : Rédaction Web que nous avions eu en L2, nous devions créer un site web où nous postions des articles d’actualités. Pour les ancien.nes c’était la première version de IN-JUSTICES (vous savez, première page avec des corbeaux).
Comme premier article, j’avais choisi la polémique des thérapies de conversion en France, dont j’entendais parler tous les jours.
C’est le premier article que j’ai écris avec les connaissances reçues en Infocom. Sincèrement, elles ne sont pas toutes appliquées. Si vous compariez ce premier article aux derniers publiés, vous observeriez un net changement.
Il a été publié le 6/02/22.
Le résultat est tombé le 25 janvier dernier : l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une loi interdisant les thérapies de conversion. Qu’en-est-il à présent ?
Un long chemin
L’Assemblée nationale a voté : 305 voix contre 28 à majorité de Droite contribuant ainsi à rendre officielle l’interdiction des thérapies de conversion. Les Républicains, dont le président du groupe, Bruno Retailleau ont tenté de faire accepter leurs amendements. Selon eux, le terme « d’identité de genre » aurait dû être retiré du texte puisque, « ne devraient pas être incriminées les personnes tenant des propos répétés visant à inciter à la prudence avant d’engager un parcours médical de changement de sexe. », un argument transphobe qui se poursuit par l’amendement de Jacqueline Eustache-Brinio (LR) Sénatrice du Val-D’Oir qui stipulait que le terme d’« identité de genre » était à supprimer sous prétexte qu’il était difficilement compréhensible pour leur groupe. Le Sénat a totalement rejeté ces amendements.
Mais le parcours fut quand même long. Rappelons que c’était en 2018 que le Parlement Européen a lancé un appel à ses États membres afin d’interdire ces pratiques. Le côté juridique a commencé à réagir un an plus tard, et nous pouvons remercier Mme Laurence Vanceunebrock (Députée de La République en Marche (LRM) et Bastien Lachaud (La France Insoumise) qui ont effectué un travail de recueillement de sources et de témoignages importants (victimes, associations LGBTQIA+). C’est finalement deux ans plus tard, en mars 2021, qu’une proposition de loi est déposée.
Son objectif est simple : créer un délit spécifique interdisant les thérapies de conversion.
Mais n’oublions pas la mobilisation importante qui s’est effectuée sur les réseaux sociaux, notamment grâce au collectif francophone Rien À Guérir (regroupant des rescapé-e-s de thérapies de conversion). L’hashtag a permis de faire connaitre à tous les amateurs de tendances le phénomène de ces pratiques tortueuses.

Compte Twitter du collectif Rien À Guérir.
Comptes twitter et Instagram du collectif Rien À Guérir :
https://twitter.com/rienaguerir https://www.instagram.com/rienaguerir/?hl=fr
Pourquoi une loi spécifique ?
Il est vrai, que d’autres motifs auraient pu être choisis pour interdire ou même condamner ces pratiques : harcèlement sexuel ou moral, violences physiques et psychologiques, agressions sexuelles, viols, tortures, séquestrations, pratiques commerciales trompeuses, escroqueries, exercice illégal de profession de santé, dérives sectaire et charlatanisme (délit d’abus de faiblesse dans ces cas-là). Le problème, c’est que souvent les victimes ignorent qu’elles peuvent avoir à tous ces recours. Souvent jeunes ou psychologiquement fragiles, prisonnières de leurs souffrances, l’une des seules solutions qui parvient à arriver dans leur esprit est le suicide ou le silence. N’oublions pas leur volonté d’être reconnues en tant que victimes de Thérapies de conversion :
C’est pour cela, que comme le stipule l’article 1 : aient punit « les pratiques, les comportements ou les propos répétés visant à modifier ou à réprimé l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, vraie ou supposée d’une personne » (art. 225-4-13). La création d’une telle loi permet de sanctionner plus rapidement, plus efficacement grâce à la précision du texte mais également d’enfin reconnaitre ce qui est arrivé aux victimes.

Loi du 31 janvier 2022 : interdisant les thérapies de conversion
Des « thérapies » qui n’en ont que le nom
Ces « thérapies » laissent croire à qui veut bien l’entendre que l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne est soignable, guérissable. Pratiques bien moins assumées au jour le jour qu’aux États-Unis (dont la naissance daterait de la fin des années 70) ; les associations savent se cacher, les rendant difficilement dénonçables. Mais les témoignages sont clairs ; les infiltrations réussies : exorcisme, viols correctifs, lavages de cerveau, bourrage de crâne, électrochocs, traitement aux hormones, jeûnes, abstinence, violences physiques et mentales… Ces auto-proclamés « experts » de la médecine, de la psychiatrie, de la déshomosexualisation sont persuadés de chasser le « démon » qui se trouve en la personne.
« C’est normal que tu te sentes mal c’est parce que c’est anormal d’être homosexuel. » Jean-Loup Adenor, journaliste et co-auteur de « Dieu est Amour »
Lien vers la vidéo : https://www.huffingtonpost.fr/entry/therapies-de-conversion-torrents-de-vie-courage-france-jean-loup-adenor-infiltre-lgbt_fr_5dd537fce4b0fc53f20bdccf
Trois approches peuvent être utilisées de leur part afin de convaincre la victime qu’ils font cela pour son bien :
1) Pratiques psychothérapeutiques : l’orientation sexuelle ou l’identité de genre n’est qu’une question d’éducation ou d’expérience et peut donc être rééduqué, corrigé ;
2) Pratiques médicales : biologiquement ancré à la naissance et est donc soignable ;
3) Pratiques confessionnelles : Dieu t’a puni, mais Dieu peut te guérir.
Ces « séminaires » ; « stages » ; « accompagnements psycho spirituels » ; « thérapies réparatrices » etc. encadrés par des « animateurs » (prêtres, pasteurs, membres de l’association) n’ont évidemment aucun fondement médical ou thérapeutique.

Présentation des principales associations pratiquant les thérapies de conversion.
Les discours sont manipulés pour rendre le tout ambiguë : des textes religieux (prières) sont sorties de leur contexte, interprétées comme bon leur semble ; des thérapies où sont dévoilées de lourds passés, parfois de gros traumatismes qui « justifieraient » l’homosexualité ou la transidentité de la personne. Ces confessions ne sont pas traitées comme elles le devraient l’être, et souvent les victimes rentrent chez elles avec des plaies ouvertes, saignantes, sans aucun moyen d’y poser un pansement. Les laissant alors avec un risque de déstabilisation psychiques important.
Qu’espérons-nous de plus ?
Avec cette loi vient également l’inscription d’un nouveau délit dans le Code Pénal : 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende. La peine augmente à 3 ans et 45 000 euros si la victime est mineure, dépendante ou bien que l’auteur soit ascendant. Mais pas seulement, les médecins ayant participés à ces pratiques encourent une interdiction de 10 ans d’exercice. Les parents eux, complices de faute d’imprudence et mise en péril de mineurs, devront passer devant un juge pénal qui décidera du retrait de leur autorité parentale ou non.
Retenons que ne sera pas condamné le professionnel de santé qui invite à la réflexion, son/sa patient-e, dû à son jeune âge qui souhaite s’engager dans un parcours de transition.
Mais même si toutes ces mesures nous rassurent sur l’avenir des coupables, nous nous devons tout de même de montrer les limites de cette loi et de ce qu’elle encourt :
Les centres de thérapies de conversion, certaines situées au cœur de la région parisienne, d’autres dans des endroits très reculés sont dissimulées. Les discours afin de « recruter des patient-e-s » sont bourrées d’euphémismes, qui gardent cachées leurs véritables intentions au grand public. Ce qui rend difficile de les situer précisément et d’y trouver des preuves.
Ensuite, du côté des victimes, certaines encore jeunes, ou fragiles restent sous la pression familiale. Ou bien restent coincées « dans la discrimination, parce qu’elles se perçoivent elles-mêmes à travers des pensées hétéronormatives » comme l’expliquait Etienne Deshoulières (avocat au Barreau de Paris) dans un article du journal Le Monde.
Article Le Monde « Thérapies de conversion des homosexuels : que changera la création d’un nouveau délit ? »: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/10/05/therapies-de-conversion-des-homosexuels-que-changera-la-creation-d-un-nouveau-delit_6097141_4355770.html
« Il faut aller plus loin et aller à la rencontre des institutions médicales (sportives/religieuses) pour alerter. L’homosexualité n’est pas une maladie. Il n’y a rien à guérir. » Benoit Berthe, victime des thérapies de conversion et membre de Rien À Guérir – Actu.fr « Des thérapies de conversion pour ‘guérir’ l’homosexualité : ‘J’ai vécu huit exorcismes’ ».
Ces victimes qui ont réussies à sortir de l’enfer des thérapies de conversion relatent les mêmes séquelles : dépression prolongée ; idées suicidaires ; troubles de la personnalité ; troubles alimentaires ; homophobie intériorisée ; honte profonde pour ce que l’on est. Rajoutons à cela, que les jeunes LGBTQIA+ sont souvent sujet-te-s à des troubles psychologiques : liés principalement à de la lgbtphobie (interne ou externe), aux discriminations, stigmatisations et harcèlements (scolaire, moral, physique, sexuel).
Ainsi, les enquêtes sur les adolescent-e-s américain-e-s non hétérosexuel-le-s et non cisgenres montrent que ces dernier-ère-s auraient deux à sept fois plus de risques d’effectuer une tentative de suicide. Les chiffres montrent que de subir des thérapies de conversion augmentent par cinq le risque de tentative de suicide.
| LGBTQIA+ Entre 18-59 ans | LGBTQIA+ Avant 18 ans |
| 698 000 | 57 000 |
| USA | USA |
Chiffres relatant le nombre de personnes LGBTQIA+ ayant subi-e-s des thérapies de conversion.
Ce que nous pouvons retenir de toute cette affaire, c’est que la mobilisation humaine, tant virtuelle que réelle a permis d’amener un simple rêve en une bataille pour rétablir des droits et arrêter des massacres.
Mais il reste encore à gagner la guerre des libertés de toutes les personnes LGBTQIA+ : notamment les personnes intersexes (naissant avec des caractéristiques sexuelles avec (ou sans) les deux types biologiques standards) qui continuent de vivre dans l’injustice et la validation de leur condition de mutilés à la naissance.
Une question se pose alors : comment pourrions-nous crier victoire pour une partie de la communauté, quand l’autre voit ses droits toujours être ignorés par les mêmes personnes qui viennent de rendre justice ?


